La technique : ses caractéristiques

Depuis toujours, l’homme cherche naturellement à « concrétiser » ses connaissances et savoir-faire théoriques en créant des outils avec des visées diverses et variées, dont celle, traditionnellement, de se faciliter les tâches. C’est cela, qui peut expliquer, « en première approximation » la naissance de la technique. Rappelons tout d’abord sa définition précise :

La technique (du grec techné : art, habileté) est la capacité qu’a l’homme d’inventer, de produire, et de mettre au point des outils artificiels (par opposition à naturel, i.e. qui existe dans la nature sans porter la trace d’une modification apportée par l’homme). Ces outils sont créés dans un but de commodité, d’utilité, et de rentabilité.

 La technique est à distinguer de la technologie, mot à mot « discours rationnel (logos) sur la technique ». La technologie est, en fait, l’étude des procédés techniques, et de leur agencement. La confusion vient souvent d’un anglicisme erroné. En effet, en anglais, le mot « technique » au sens décrit ci-dessus, se dit Technology, alors qu’en français, ce dernier signifie justement tout autre chose.

Une des principales caractéristiques de la technique, comme le décrit Pierre Aigrain 1 est son mouvement presque en « V » inversé (cette image n’est toutefois pas directement évoquée par Aigrain dans son livre): une diffusion rapide au début, et puis une banalisation qui précède, en général, son remplacement par un nouveau produit. Le V inversé serait alors plutôt un trapèze isocèle sans base inférieure !!

Une innovation ou, de nos jours, plutôt une amélioration ou amplification de ce qui existe déjà (cf. les élargissements presque sans fin des fonctionnalités des téléphones portables par exemple) est le plus souvent marquée, en effet, par une diffusion rapide qui s’explique tout simplement par la curiosité du public de découvrir cette nouveauté technique. Le niveau de succès atteint avant de procéder à la phase de banalisation et oubli, est directement lié à la « popularité » du produit, i.e. comment le public accueille cette contribution technologique. Cette popularité est, en général, elle-même fonction du caractère novateur de l’invention. L’innovation est le maître-mot, surtout de nos jours, où nombre de spécialistes cherchent à apporter leur pierre de touche dans l’histoire des techniques. Pour se démarquer, il faut, la plupart du temps, quelque chose de neuf et non une reprise sans valeur ajoutée des fonctionnalités existantes.

Revenons, à présent, à notre trapèze sans base inférieure : une fois ce mouvement d’ascension du produit terminé, et le pic atteint, suit une phase de « banalisation ». Très vite, de « sorcier » 2, le spécialiste devient une personne normale ou, si l’on préfère, « tout le monde devient spécialiste », peut-être pas au point de perfectionner, mais, en tout cas, au point de reproduire et d’utiliser. Un exemple classique : l’informatique. Au tout début, affaire de magie (presque) et moyen d’étonnement du peuple, le domaine de l’informatique a révolutionné nos vies. Son succès était fulgurant. En l’espace de quelques années, les performances existantes ont été perfectionnées et de nouvelles se sont ajoutées. Une véritable montée en flèche ! Mais au cours de ces innovations, l’informatique a progressivement perdu son trait presque magique, et l’admiration pour les premiers spécialistes. Aujourd’hui, elle est un élément de notre vie à tous, au même titre que d’autres outils banaux dont tout le monde sait se servir. Dans quelques années, le métier d’informaticien risque même de ne plus exister, du fait de la simplicité d’usage du domaine d’informatique aujourd’hui. Il serait presque plus difficile de ne pas l’utiliser…

Ci-dessus, a été évoqué le critère crucial d’innovation qui permet à l’inventeur de se démarquer des autres de son genre. Là apparaît clairement la notion de concurrence. Il existe, en effet, deux formes de concurrence technologique : la concurrence directe qui se fait entre deux produits offrant la même fonction, et la concurrence indirecte où une nouvelle technique concurrence une autre sans toutefois se substituer à ses fonctions. De nos jours, la prise en compte du nombre croissant d’acteurs technologiques montre clairement qu’il ne suffit plus seulement de produire, ni même d’innover. Il faut que le produit corresponde d’une part aux attentes du client, et, de l’autre, surtout, qu’il fasse reconnaître son producteur dans la foule des concurrents déjà existants sur le marché.

Notes :

1 Pierre Aigrain, auteur de Simples Propos d’un Homme de Science  (voir Ressources et bibliographie)

2  C’est précisément comme cela que Pierre Aigrian conçoit ces spécialistes des nouvelles technologies.


 

3 réflexions sur “La technique : ses caractéristiques

  1. C’est un article intéressant, notamment la "banalisation " de la nouvelle technologie.J’ai rencontré quelqun qui est dépaneur chez Orange qui me disait parfois ses clients savent beaucoup mieux sur la fonctione des appareilles pour lesqueles il a été demandé pour les dépanner. C’est évident parceque les nouvetés arrivent trop vite qui dépassent l’abilité de s’informer mais les utilisateurs apprenent l’usage d’une appreille en question puisque ils sont tous user friendly
    Cette banalisation permet par ailleurs une progression de la technologie et provoque d’inventer les nouvetés , elle est appliquable pour toutes les choses , c’est pour ça la technologie est née, pour la banalisation de la vie
    il merit un peu plus d’explication et peut être vous pouvez bien explorer ce sujet?

  2. La technique, la technologie ou encore l’innovation est un domaine de réflexion très intéressant et en ce qui concerne l’innovation comme mentionné dans l’article, une autre façon de se démarquer du concurrent n’est pas seulement d’innover mais de faire en sorte que le public juge le produit à travers le nouvel attribut. Il y a de cela 6 ans on jugeait les mobiles par l’autonomie, mais aujourd’hui le tactile a pris le dessus. C’est ce qui s’est passé avec l’industrie des téléphones mobiles où Nokia maitre du secteur grâce à l’autonomie des batteries se retrouve parmi les derniers aujourd’hui juste parce que Apple a réussi à faire passer l’autonomie en second plan et a mis en valeur le coté tactile et la fluidité d’utilisation des téléphones. Vu la banalité de la technologie, tout le monde fabrique des téléphones à écran tactile et il arrivera un moment où le tactile sera vraiment banale. Il faudra donc trouver autre chose pour se démarquer des concurrents.

    • Remarque intéressante Deschances. Toutefois, ne peut-on pas dire que, quelque part, essayer d’attirer l’attention du public vers un nouvel attribut du produit est aussi une sorte d’innovation? Ce n’est plus une innovation "matérielle" si j’ose dire, certes, mais il s’agit toutefois de se démarquer des autres producteurs en faisant quelque chose d’inédit, en utilisant une idée non encore explorée par les autres, donc en quelque sorte, innover dans ce domaine…

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